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# LIVRE
"De Nantes à Vienne - Une femme sous l’Occupation"
Sylvain Maresca

[La Geste éditions, octobre 2024]
Sylvain Maresca : Ancien universitaire en sociologie [Université de Nantes], auteur de nouvelles et de pièces de théâtre, il anime sur Internet le blog littéraire MotifS. Il est également le président de la Compagnie Moradi, implantée à Nantes.
UN RÉCIT D’ENQUÊTE DANS LES ARCHIVES
C’est une femme dont on perd la trace à Nantes au printemps 1943 et que l’on retrouve décédée à Vienne le 1er janvier 1944. Que lui est-il arrivé ? Pourquoi est-elle allée travailler si loin de chez elle, au service des Allemands ? Conviction idéologique, nécessité économique, impasse familiale ? Ce livre traque son destin et, dans son sillage, celui de tant de Françaises ordinaires sous l’Occupation, au moyen de documents originaux dénichés au cours d’une enquête de deux ans dans des archives en France et en Autriche. Il s’appuie également sur les travaux d’historiens relatifs à l’Occupation, aux réquisitions de main-d’oeuvre, à la situation des femmes, particulièrement dans les milieux populaires, avec un focus particulier sur Nantes et sa région.
Le récit suit le cours de l’enquête, ses avancées, ses impasses, ses revirements, ses questions restées en suspens. Ce faisant, il révèle comment se construit la connaissance historique, mais aussi comment les destins individuels s’inscrivent dans le cours de l’Histoire.
L’ouvrage s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale, non pas dans ses développements militaires ni dans ses grandes persécutions, mais à travers la vie éprouvante des gens ordinaires. Il met en avant le sort des femmes qui ont subi l’Occupation en l’absence des hommes. Il privilégie une approche locale afin de donner une épaisseur concrète aux destins individuels.
Enfin, en reconstituant la mémoire d’une femme oubliée, il s’emploie à la rendre transmissible aux jeunes générations.
AVEC UNE POSFACE DE L'HISTORIENNE CAMILLE FAUROUX
Camille Fauroux est historienne, elle enseigne à l'Université Jean Jaurès de Toulouse. Ses recherches portent sur l’histoire du genre, de la guerre et du travail au XXe siècle. Elle a sorti en 2020 le livre : "Produire la guerre, produire le genre. Des Françaises au travail dans l'Allemagne nationale-socialiste (1940-1945)", Paris, EHESS, coll. « En temps et lieux ». Elle est aussi l'auteure avec Barbara Necek, du documentaire « La honte et l'oubli, travailleuses françaises en Allemagne nazie », diffusé sur France 5 le 31 mars 2024 [en replay sur France TV jusqu'au 02/10/24], et rediffusé le 24/05/2026 [disponible en replay sur France TV jusqu'au 22/06/2026].
Comme Yvette Paré, quelques 80 000 femmes sont parties de France pendant la Deuxième Guerre mondiale pour travailler de l’autre côté de la frontière, sur le sol de l’Allemagne et des territoires que l’Allemagne avait annexés, comme l’Autriche. Elles sont généralement appelées « travailleuses volontaires » parce que, à la différence des hommes du STO, elles n’ont pas été forcées de partir, mais qu’elles font partie des personnes, hommes et femmes, qui vivaient en France pendant l’Occupation et ont décidé, à un moment entre 1940 et 1944, pour diverses raisons, de signer un contrat de travail pour partir sur le territoire du Reich. Nous allons voir cependant que la suite de leur parcours, elles ont fait aussi, comme les STO ou certains prisonniers de guerre, l’expérience du travail forcé. Le parcours de ces femmes est donc plus compliqué que ce qu’on pourrait croire au premier abord. Leur histoire dans toute ses contradictions et ses ambiguïtés pose des questions fortes sur les rapports entre hommes et femmes. Elle nous invite à nous méfier des cases toutes faites et des jugements hâtifs.
Pour étudier le parcours de ces femmes durant la Deuxième Guerre mondiale, je me suis appuyée sur des archives conservées en France et en Allemagne. Le processus de découverte de ces archives, avant même leur lecture, révèle déjà la place très différente qu’occupe cet épisode dans la mémoire nationale en France et en Allemagne. En France, les documents individuels concernant les travailleuses sont conservés à Caen, dans un service fondé à la fin de la guerre et chargé à l’origine d’étudier les statuts des différents rapatriés en France. Dans ces archives, les dossiers sont estampillés « volontaires » parce que c’est le statut que l’État leur a attribué en 1945, pour marquer que ces femmes ne devaient pas recevoir de prime ou d’indemnisation, à la différence des STO. En Allemagne, les archives sur lesquelles je m’appuie sont au contraire considérées comme des documents du « travail forcé » des étrangers dans l’Allemagne nazie. Leur conservation et leur mise en valeur sont un des aspects d’une politique de réparation et de mémoire de l’Allemagne face à son passé nazi. L’expérience de ces femmes est donc inscrite de façon très différente dans la mémoire de part et d’autre du Rhin.
La politique du travail des femmes sous Vichy peut être caractérisée par une contradiction entre l’assignation des femmes à la sphère domestique, une politique qui pousse les femmes à « retourner à la maison », et la nécessité de fournir toujours plus de travailleurs à l’occupant. Dans le contexte de chômage qui suit la défaite, le régime de Vichy prend une série de mesures restreignant l’accès des femmes à l’emploi. Pourtant, dans le même temps, il laisse l’occupant recruter des hommes comme des femmes pour le travail en Allemagne, organisant même les détails administratifs de cette entreprise.
Les premières embauches allemandes commencent dès l’automne 1940 sur le territoire occupé. L’année 1942 constitue un tournant dans la politique de recrutement de la main-d’œuvre par l’Allemagne car elle marque le début des embauches contraintes en France : c’est le début des réquisitions. Le régime de Vichy, tente alors de concilier les exigences allemandes grandissantes et la condamnation du travail féminin, élément fondamental de sa mystique de la famille. Dans cette perspective, après une période de flottement en septembre-octobre 1942, le départ contraint est finalement réservé aux hommes. Les lois suivantes confirmèrent cette distinction et l’emploi des femmes en Allemagne n’est jamais rendu obligatoire par la loi, même s’il est avéré que des pressions dans ce sens s’exercèrent sur certaines.
Pour comprendre cette politique, il faut évidemment la replacer plus largement dans la politique du travail de l’Allemagne national-socialiste. Dès la mobilisation des hommes pour le front, l’Etat et l’industrie doivent réfléchir aux moyens de remplacer cette main-d’œuvre. D’une façon générale, l’Etat national-socialiste a choisi de ne pas faire appel massivement au travail des femmes allemandes, mais plutôt de s’appuyer sur le travail des étrangers issus des territoires conquis, alliés et occupés, des prisonniers de guerre et des prisonniers des camps de concentration. Bien entendu, des femmes allemandes travaillent déjà dans les usines à cette époque, mais plutôt que d’organiser un recrutement massif de femmes, comme le font par exemple les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, l’Etat a choisi de s’appuyer essentiellement sur les étrangers, hommes et femmes.
Ce livre a été le point de départ de la création de la pièce de théâtre documentaire "Yvette, 1943, travailleuse civile sous l'Occupation", par la Cie Moradi et d'un projet européen multipartenarial et transnational [France / Autriche] dans le cadre du programme « Citoyens, Égalité, Droits et Valeurs » [CERV] - Travail de mémoire européen", coordonné par la Cie Moradi en 2025/2026.
En savoir plus
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Journal PRESSE OCÉAN
Article de Stéphane Pajot paru le 03/11/2024





